Les poissons du lac des Îles : des questionnements demeurent

Le lac des Îles est un plan d’eau prisé par les pêcheurs puisqu’il contient plusieurs espèces de poissons sportifs comme le doré, le touladi, l’achigan, le brochet et le maskinongé. Toutefois, l’Association s’interroge sur leurs conditions de vie et de reproduction ainsi que sur la possibilité d’ensemencer certaines espèces.

Diverses études

Le touladi

Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune a effectué, entre 1995 et 2003, plusieurs ensemencements de touladi dans le lac des Îles. En août 2005, une pêche expérimentale menée par le ministère a eu lieu en vue de déterminer si l’ensemencement avait été efficace. Les données récoltées ont montré qu’il y avait peu de touladis de petite taille dans le lac des Îles, ce qui laisse supposer que cette espèce rencontre des difficultés de reproduction.

Le doré

Le doré a, quant à lui, été l’objet d’un questionnement au sujet des possibilités d’ensemencement. Cependant, certaines caractéristiques du lac des Îles réduisent les chances de réussite d’un tel ensemencement. En effet, comme le doré est un poisson très sensible à la lumière, il se développe de façon optimale dans un lac dont le niveau de transparence oscille entre 1 et 3 mètres. Le lac des Îles présente un niveau de transparence d’environ 4,5 à 6,5 mètres durant la saison estivale, ce qui pousse le doré à effectuer une migration vers le bas pour bénéficier d’un niveau de luminosité optimal. Toutefois, plus le poisson descend dans la colonne d’eau, moins son métabolisme peut fonctionner efficacement parce que l’eau devient trop froide. Ceci restreint donc de façon importante la zone habitable du doré.

De plus, la grande transparence de l’eau du lac des Îles oblige le doré à effectuer de nombreux déplacements afin d’être confortable, ce qui lui demande une grande dépense d’énergie. Les poissons n’emmagasinent donc pas suffisamment d’énergie pour se reproduire adéquatement, ce qui cause une diminution de leur fécondité. Cette situation soulève des questions sur les capacités du doré à se reproduire ainsi que sur la présence de frayères adéquates.

L’ensemencement de ce poisson pourrait se faire selon la méthode dépôt-retrait qui consiste à ensemencer du doré tous les deux ans et à les récolter grâce aux activités de pêche. La reproduction naturelle ne serait pas favorisée par cette méthode. Les coûts d’un tel ensemencement sont assez élevés, ce qui provoque un questionnement sur le rapport coût/bénéfice. Est-il rentable de garnir le lac des Îles de doré de cette manière?

Malgré ces derniers questionnements, l’APLI a décidé de débuter les ensemencements dès 2007, après avoir soigneusement sélectionné les stations propices à cette espèce, avec l’aide d’une biologiste.

Le brochet et le maskinongé

Les conditions de reproduction du brochet et du maskinongé sont également une source de questionnements au lac des Îles. Diverses hypothèses sont émises au sujet des difficultés que ces poissons pourraient rencontrer. D’une part, il est connu que la ponte de ces deux grands poissons a lieu dans des zones de plantes aquatiques particulières auxquelles adhèrent les œufs. Le problème du myriophylle en épi dans le lac pourrait donc être à l’origine de difficultés à ce niveau. En effet, en envahissant des secteurs autrefois colonisés par des plantes prisées par les brochets et les maskinongés, le myriophylle pourrait constituer un frein important à la reproduction puisqu’il est possible que les œufs adhèrent mal à ces plantes aquatiques qui forment des herbiers trop denses. D’autre part, l’ouverture de la pêche à l’achigan et les tournois de pêche qui s’y rattachent coïncident avec la période de frai du brochet et du maskinongé. Ceci crée un achalandage important de gros bateaux à moteur dans les zones peu profondes du lac où croissent plusieurs plantes aquatiques. Cette hausse de la circulation des bateaux peut déranger les poissons en période de frai ainsi que détruire les frayères en sectionnant les plantes aquatiques. Les sédiments remis en suspension par les moteurs peuvent également se déposer sur les œufs et ainsi entraîner leur mort. Il s’avère donc important de s’investir dans la protection des frayères parce que la reproduction constitue la base de la pyramide sans laquelle les populations de poissons s’effondrent.